GUATEMALA : la Toussaint des Mayas

Les fêtes religieuses sont toujours une formidable occasion de vivre des moments forts avec les populations. C’est pourquoi j’ai choisi la période de la Toussaint 2012 pour découvrir le Guatemala. Dans ce pays d’Amérique centrale, les deux tiers des indigènes sont des Mayas, descendants de l’une des plus prestigieuses civilisations précolombiennes. Ils sont concentrés dans les hauts plateaux de l’ouest.
Le peuple maya est constitué d’une grande diversité ethnique. Chaque village possède ses propres traditions ce qui fait la richesse du Guatemala. Les vêtements traditionnels tissés et portés principalement par les femmes sont une façon d’afficher leur identité culturelle et aussi une volonté de bien se démarquer du modèle hispanique. Subissant encore aujourd’hui une discrimination dans la société, les Mayas n’expriment guère leur envie d’intégration. Les marchés sont un pur régal des yeux avec des tissages multicolores qui sont de superbes tableaux.
La prestigieuse civilisation maya
La civilisation maya remonte à la préhistoire et les premiers monuments datent de 3000 ans avant J-C. Elle s’étendait sur la Mésoamérique (sud et est du Mexique, Guatemala, Honduras, Salvador et Belize). Elle connut son apogée du VIème au IXème siècle de notre ère. La population était constituée d’une trentaine d’ethnies isolées aux dialectes très différents et qui étaient constamment en guerre, ce qui amena d’ailleurs le déclin de cette civilisation.
Les sites archéologiques (Tikal, Yaxha, Uaxactun) sont restés cachés dans la jungle pendant des siècles. Ils ont délivré, il y a moins de deux cents ans, quelques-uns des secrets des Mayas grâce aux hiéroglyphes des stèles. Les trois seuls codex (manuscrits peints) qui ont échappé aux destructions des Espagnols ainsi que le Popol Vuh (le livre des Mayas Quiché) attestent que leur niveau de connaissance était supérieur à celui des Atztèques (Mexique) et des Incas (aire andine). Ces deux civilisations s’éteignirent d’ailleurs rapidement après l’arrivée en 1519 de Hernan Cortes et de ses Conquistadors.
Les Mayas connaissaient déjà l’écriture, les mathématiques, l’astronomie et ils avaient établi un calendrier complexe composé de plusieurs cycles, prévoyant un futur très lointain. L’univers a eu plusieurs existences qui furent détruites par les dieux. Chaque période permit d’améliorer le genre humain afin de maintenir l’univers en vie. C’est ainsi que contrairement aux interprétations erronées des medias, le 21 décembre 2012 n’était pas la fin du monde, mais la fin d’un cycle de 13 baktun (période de 5125 ans) et le début d’un nouveau cycle qui doit favoriser le rétablissement de l’équilibre sur la terre.
Chamans et prêtres catholiques coexistent toujours
A l’arrivée des Espagnols, la religion catholique s’imposa sans trop de difficulté car les Mayas ne comprenant pas la langue, s’attachaient au symbole de la croix qu’ils utilisaient également. Les Conquistadors ne réussirent jamais à leur faire oublier leurs rites qu’ils pratiquaient en cachette. Aujourd’hui encore coexistent chamans et prêtres catholiques ainsi que les églises évangélistes qui ont de plus en plus la faveur des Mayas.
Les Mayas pensaient que le monde était organisé en trois plans horizontaux : la Terre destinée aux être vivants ; le Ciel où résident les dieux de la pluie et la déesse de la lune ;  l’Inframonde où vivent éternellement les ancêtres et où descend quotidiennement le Soleil. Ce monde inférieur n’est pas seulement le lieu de la mort, c’est l’espace de l’univers d’où jaillit l’eau et d’où poussent les graines, des éléments qui donnent la vie à ceux qui habitent sur la terre, c’est donc aussi le lieu de la renaissance. La terre est séparée du ciel et de l’inframonde par quatre arbres sacrés situés sur une croix, aux quatre points cardinaux symbolisés par une couleur et un autre arbre, le fromager, se situe au centre, axe de l’univers. Après trois tentatives, l’ancêtre des Mayas, « l’homme de maïs » fut créé par les dieux. Le mot « maya » signifie d’ailleurs « maïs ».
La Toussaint, fête de la mort et de la vie
Dans la religion catholique, le 1er novembre est le jour des Saints et le 2 novembre celui des Défunts. Pour les Mayas le 1er novembre est plutôt le jour du culte des ancêtres. Pendant 24 heures, leurs âmes sortent de l’Inframonde pour aller choisir ceux qui trépasseront dans l’année ou pour apporter malheurs et maladies à leurs descendants. Aussi faut–il chercher à les séduire pour échapper au mauvais sort. C’est alors une fête joyeuse qui permet de les célébrer et d’être en contact avec les êtres chers.
La fin octobre a été consacrée aux préparatifs. On nettoie et repeint les tombes avec l’une des couleurs sacrées : blanc, la pureté ; vert, l’éternité ; bleu, la noblesse ; mauve, la pénitence ; rouge, la vie après la mort. Sur les flancs des collines, les cimetières forment ainsi des taches multicolores. Dans les stands des marchés sont confectionnées les guirlandes de fleurs naturelles.
Sur les menus des restaurants, je découvre la « Fiambre » un plat spécifique du Guatemala qui symbolise le rassemblement des familles et des amis et le partage entre les générations. Ce plat est constitué de viandes et de nombreux ingrédients que chacun apporte avant d’aller au cimetière. La recette s’adapte à tous les goûts, mais nécessite un solide appétit ! Et de nombreuses variétés de sucreries de la Toussaint viennent compléter le repas.
Ambiance de fête dans les cimetières
Cette période coïncide avec le début de la saison sèche et des grandes vacances scolaires. Les familles arrivent en bus, en pick-ups ou en voitures particulières. Elles s’installent pour la journée dans les cimetières qui deviennent un lieu de vie très animé. Elles apportent leur pique-nique et parfois leur poste de radio quand le cimetière ne diffuse pas de la musique religieuse ou des chants populaires rythmés par les marimbas (instruments de percussion). Les camelots déambulent pour vendre boissons, glaces et galettes de maïs (tortillas). Des offrandes (cigarettes, verres de vin, fruits...) sont déposées sur les tombes. Le cimetière est envahi d’une multitude de fleurs. Les bougies aux couleurs sacrées, l’encens, le feu, qui font partie des attributs des rituels mayas, sont omniprésents même à l’intérieur des églises.
Cette ambiance de fête me surprend. J’oublie vite le silence et le recueillement des cimetières européens. Tout le monde semble heureux de manger, discuter ou rire au pied de la tombe du défunt. Peut-être même qu’on lui raconte les événements de l’année passée ?
Les enfants grimpent sur les monuments pour faire voler leurs cerfs-volants et les allées sont encombrées de fils. Les parents regardent le spectacle le nez en l’air. Les anciens Mayas utilisaient le frottement du cuir pour attirer l’attention des ancêtres et communiquer avec eux. Puis le bruit des cerfs-volants leur a rappelé ce son. La légende raconte aussi que les âmes des morts encore attachées à la terre peuvent, ce jour-là, se saisir de la corde de retenue d'un cerf-volant et entreprendre leur ascension vers les cieux.
Le festival des cerfs-volants géants de Sumpango
Les « barriletes » remontent au XVIIème siècle. Ce sont de petits cerfs-volants manipulés par les enfants. En 1900, des commerçants Chinois arrivent au Guatemala, empruntant la route de Santiago Sacatepequez et de Sumpango. Les cerfs-volants géants font leur apparition dans les cimetières de ces villages. Leur grande taille exprime la victoire du monde supérieur sur celui de l’Inframonde.
A Sumpango, la créativité des confréries a amené la création d’un festival, véritable expression artistique de toute une région et de notoriété internationale. Sur la colline, une cinquantaine de cerfs-volants de toutes tailles est exposée. Il faudra une dizaine d’hommes pour redresser et amarrer le plus grand, de 22 mètres de diamètre. Ce sont de vraies œuvres d’art qui ont été réalisées pendant des mois avec la participation des villages aux alentours. Les cerfs-volants sont constitués d’un patchwork de milliers de papiers de chine peints, collés puis montés sur une armature en bambous. Jusqu’en 1990, les motifs représentaient surtout les croyances mayas et l’amour de la nature. Ensuite le cerf-volant est devenu un support de communication : souvenirs de la guerre civile, messages de solidarité, de liberté et de paix, dénonciations des discriminations, revendications de l’identité maya.
C’est un spectacle magnifique aux couleurs vives que des milliers de personnes viennent admirer. Seuls les petits cerfs-volants de moins de 10 mètres fabriqués par les enfants tenteront de s’élever pour honorer les ancêtres comme le veut la tradition. Mais le vent est bien faible aujourd’hui et la foule est déçue. Les cerfs-volants seront brûlés après la fête s’ils ne se sont pas détruits dans une chute !
Une course de chevaux à 3000 mètres d’altitude
Une autre fête bien connue se tient aussi le 1er novembre dans les hautes terres occidentales, à Todos Santos Cuchumatan. Il s’agit d’une course de chevaux typique des Mayas Mam. Les haciendas sont nombreuses dans la montagne et elles utilisent les chevaux pour parcourir les vastes territoires désertiques.
Une course de chevaux du même type a lieu le 10 novembre dans un hameau perché à 3000 mètres d’altitude, à la Ventoza près de Chancol. Une longue route monte en lacets et serpente entre les volcans. Elle est bordée de grosses plantes grasses étonnantes. Je découvre un panorama époustouflant. Après une nuit déjà hivernale, Geronimo m’accueille sur le site, un champ qui borde la route au pied de la montagne. Les villageois arrivent à pied par les sentiers, à bord de pick-ups ou entassés dans des camions. Ici les hommes portent des costumes uniques : pantalon rayé rouge et blanc et veste blanche à rayures bleues. Un guide local s’imposait pour m’accompagner. Peu de touristes viennent ici et ma présence ne passe donc pas inaperçue. Bière et alcool fort (fabrication locale) sont servis dès le début de la matinée et les femmes avec leur bébé dans le dos ne sont pas en reste. A Todos Santos un japonais fut tué en 2000 pour une photo de trop. Avec les bandes armées qui rodaient à l’époque dans les montagnes, les villageois ont appris à se faire justice eux-mêmes (la police est souvent corrompue). La région est plus sûre aujourd’hui, mais il est recommandé de quitter le hameau avant les effets de l’alcool (à Todos Santos l’alcool est aujourd’hui prohibé).
Les cavaliers galopent sur une ligne droite de 500 mètres environ aller et retour. Ils louent souvent les chevaux pour une forte somme qui endette les moins fortunés. Il n’y a pas de gagnant. Le seul plaisir est de montrer son talent pendant des heures. Les chutes font partie de la fête. Des orchestres de marimbas se produisent au bord de la route et dans un bâtiment est aménagée une piste de danse. Je m’y sens vite une intruse. Il est temps de partir.
Le violent tremblement de terre du  7 novembre
Les Mayas ont chaque jour conscience du fil ténu de leur existence. Ils sont environnés de nombreux volcans actifs et en particulier le « Fuego » qui s’est manifesté en août dernier. La guerre civile des années 80 a décimé la population maya. Les familles déplorent encore les décès d’enfants en bas âge dus à la malnutrition et au manque de soins médicaux. Les tremblements de terre secouent le pays plusieurs fois par an. Celui du 7 novembre fut impressionnant. Il a fait 50 morts et 150 blessés et des dégâts considérables à San Marcos. Ce fut le séisme le plus violent depuis celui de 1976 (23000 morts, 76000 blessés et le pays dévasté). J’étais au milieu du lac Atitlan au moment des secousses. Une fois arrivée sur la rive, je n’ai pas ressenti d’émotion vive de la part de la population. La mort n’est pas une fin, mais la poursuite d’un cycle. Alors une fois la secousse passée et lorsqu’il n’y a pas de dégâts, on reprend avec philosophie la vie quotidienne puisque l’on a survécu.
Novembre 2012


Article publié dans Magazine GLOBE-TROTTERS n°154-mars/av2014 (Association Aventure du Bout du Monde) 


GUJARAT (Inde) : La montée des marches


Shivaratri au Mont Girnar
Il fait encore nuit, mais nous sommes déjà des centaines à nous diriger au pied du Mont Girnar, l'un des cinq monts sacrés du Jaïnisme. Il surplombe à 1100 mètres la ville de Junagadh, située au sud du Gujarat. 11500 marches à monter.
Depuis quatre jours se tient la foire de Bhavnath et en ce 20 février 2012, les pèlerins célèbrent une importante Shivaratri (fête en l’honneur de Shiva).
4400 marches : un immense temple Jaïn tout en marbre contient 5700 statuettes et statues (dont une de trois mètres de haut) des 24 Tirthankaras (les Jina, vainqueurs du karma). Si ce temple n'a pas la finesse de ceux de Ranakpur et du Mont Abu - deux autres monts sacrés - la majesté de cette construction à cette altitude a de quoi ébranler plus d'un sceptique !
Aujourd’hui la foule de pèlerins se dirige vers le temple hindou un peu plus haut. Puis vers le sommet où une niche abrite une statuette très banale qui recueille toute leur ferveur. Quel contraste avec la richesse des temples Jaïns ! Le Mont Girnar est un bel exemple de tolérance religieuse car il est aussi sacré pour les Jaïns que pour les Shivaïstes.
L'escalier en dalles de pierre est jalonné de lampes. Toute la nuit, ce sont des va et vient incessants. Beaucoup de pèlerins dorment aussi par terre pour attendre l’aube. J'avais décidé de partir à 6 heures du matin pour profiter de la fraîcheur. La façade du rocher devient brûlante dès la fin de la matinée. Il faut 3 heures à un bon marcheur pour atteindre la statuette de Shiva. C'est sans compter les multiples arrêts pour répondre aux sollicitations des Indiens. Serrer une main, prendre une photo de la famille ou bien poser avec eux. Les téléphones portables sont sortis sur mon passage et je m'aperçois que je suis la cible de tous les regards. Les uns se retournent pour voir mon visage, les autres m'accompagnent. Une femme tellement heureuse de sa photo me prend par la main pour m'aider à monter ! Une autre rate une marche en me regardant.
Il y a fort peu de touristes à gravir la colline et d'une manière générale le Gujarat n’est pas très fréquenté par les Occidentaux. Je suis seule et cela les intrigue aussi. Ces instants sympathiques sont l'occasion d'échanges de sourires plutôt que de conversations. Les Gujarati parlent peu l'anglais hormis « what's your name » et les pèlerins de Shivaratri sont surtout des gens modestes. J'admire le ballet des costumes les plus divers, turbans et saris de toutes les couleurs, jupes brodées du Gujarat, et tous ces bracelets et colliers qui scintillent au soleil. Les femmes marchent le plus souvent pieds nus et on entend résonner dans l'escalier leurs bracelets de cheville comme des milliers de petites clochettes.
Le pèlerinage de Shivaratri au Mont Girnar est un acte important dans une vie. Je rencontre des personnes lourdement handicapées, des mamans qui allaitent leur bébé en chemin, des petits enfants que l'on traîne à bout de bras, des personnes âgées très essouflées. Et deux chaises à porteurs qu'il m'est interdit de photographier. Arrêt dans une grotte, un guru m'invite à entrer et à faire le tour des images des dieux. Un petit temple dédiée à une déesse enceinte connaît une grande affluence. Et toujours une petite donation au passage. Dans l'ensemble, les représentations des dieux hindous, statuettes ou images sont ici d'une grande pauvreté. Un jeune étudiant me demande si je sais ce qu'il y a là-haut ? Il y a « God » ! Beaucoup s'étonnent en effet de voir des Occidentaux faire autant d'effort pour aller voir un dieu auquel ils ne croient même pas. Il y a le panorama, pourrions-nous leur répondre. Il est en effet grandiose.
Il est 9 heures. L'escalier se rétrécit. Les croisements sont plus difficiles. Il y a autant de monde à monter qu'à descendre. Il commence à faire chaud et les buvettes de thé chaï installées tout le long de l'escalier sont assaillies. Ambiance de fête plus que de recueillement. Les « Girnarji » fusent dans la montagne, mais aussi quelques musiques qui n'ont rien de religieuses. Bientôt nous sommes bloqués dans l'escalier. Un policier règle la circulation à coup de sifflets et de bâton dont je ne suis pas épargnée ! La montée reprend pas à pas et nous arrivons au pied de ce temple tant vénéré. Un guru fait s'agenouiller les pèlerins, un par un, devant la statuette et les bénit. Plus de 11 000 marches pour une vision de 30 secondes… J'ai mis 7 heures pour monter avec mes nombreuses haltes et il faut déjà penser à redescendre. Esquivant cette fois toutes les mains tendues et les regards, j'arrive au pied de l'escalier seulement 3 heures plus tard.
Shivaratri c'est aussi une gigantesque melâ. Au pied du Mont Girnar sur un vaste terrain, c'est un mélange de fête foraine et de stands de gurus en tous genres. Des sadhus nagas (ascètes vivant nus recouverts de cendre) m'invitent volontiers à partager une bouffée de marijuana. Ils reçoivent les pèlerins pour quelques bénédictions ou sages paroles, mais aussi pour recueillir leur donation car ils vivent essentiellement d’aumônes. Un yogi attire ma curiosité. Il “respire” la tête enfouie dans la terre jusqu’aux épaules et je n’ai vu aucun trucage.
La nuit va bientôt tomber et je vois la foule grossir sans cesse ce qui est inquiétant dans un espace si limité et sans aucune organisation policière pour la canaliser. J'attrape vite l'un des bus mis à disposition pour retourner en ville. Des deux côtés de la route le flot de pèlerins semble toujours s'amplifier. Le croisement de ceux qui arrivent et de ceux qui repartent finit par bloquer toute circulation. Mon bus s'arrête. A moins d'un kilomètre un bus nous précédant a dérapé et balayé un groupe de personnes. Dix morts et de nombreux blessés. L'intervention des secours durera cinq heures. Les passagers de mon bus ne s'inquiètent pas ni ne s'impatientent. Ils ne semblent pas non plus très émus par cet accident. Question d'habitude… ou plutôt de karma ! Dans la même nuit, une rixe fera quatre morts. Cinq cent mille personnes étaient annoncées. On est plus proche du million. Le lendemain tous les accès au site sont fermés à la circulation et il est fortement conseillé aux touristes de ne pas s'y rendre.
Les 863 temples Jaïns de Palitana
Seulement 3900 marches à monter pour atteindre le joyau de la religion Jaïn à 660 mètres d'altitude. Onze enceintes fortifiées abritent les 863 temples. Edifiés au XIème siècle puis détruits par les Musulmans au XIVème siècle, ils furent reconstruits au XVIème siècle. Cet ensemble imposant est éblouissant de beauté. Le silence qui y règne invite à la méditation. Le point de vue sur la vallée est époustouflant.
Le Jaïnisme est une religion méconnue alors que ses adeptes occupent souvent de très hautes fonctions dans le monde : avocats, intellectuels, hommes d'affaires et ils sont parfois très riches. A l’origine, étant respectueux de la vie, ils ne pouvaient occuper les métiers d'agriculteurs, éleveurs ou bouchers.. Ils se sont donc dirigés vers le commerce. La grande région Rajasthan-Gujarat est le berceau du Jaïnisme. Les temples ont toujours été richement décorés. On les reconnaît à la multitude de statuettes sculptées. Ils sont en marbre blanc dans le Gujarat et le plus souvent en pierre polie au Rajasthan.
Le Jaïnisme, contemporain du Bouddhisme, a été fondé au VIème siècle avant Jésus-Christ. Comme le Bouddhisme et même le Sikkhisme, le Jaïnisme est né d'une réaction contre les Brahmanes, les prêtres de l'Hindouïsme qui prônaient les sacrifices (comme par exemple le sati des épouses qui se jetaient vivantes sur le bûcher de leur défunt mari).
Mahâvira, le 24ème Tirthankara est le plus grand Maître de la doctrine. On attribue des pouvoirs merveilleux à bien d'autres Tirthankaras qui font aussi l'objet de la dévotion des fidèles. Les statues des Tirthankaras, nues ou incrustées de pierreries les représentent assis sur un lotus ou debout, tout droit, pour signifier le détachement absolu du corps. Elles sont toutes identiques sauf un animal qui figure sur le socle. Le lion indique par exemple Mahavira. Un schisme partagea la communauté jaïn en deux groupes : les Digambara « vêtu d'espace » dont les ascètes vivent nus et les Shvetâmbara, « vêtues de blanc ». Les femmes Digambara sont également vêtues de blanc, car elles ne peuvent se montrer nues. Il existe une sorte de clergé à la tête d'un territoire, ni moines, ni laïcs, reconnaissables à leur robe orange. Une présence importante de nonnes aida à la diffusion du Jaïnisme. Le Jaïn ne reconnaît pas de dieu créateur et s'il y a des dieux, ils mènent une existence de plaisir dans des mondes supérieurs sans exercer une action salvatrice pour le genre humain. Seules les capacités humaines, en particulier l'intelligence, peut discerner la vérité de l'erreur. Pour échapper au cycle des réincarnations, chaque individu doit suivre la voie de la non-violence et du respect de la vie poussés à l’extrême. C'est pourquoi il faut être végétarien, ne pas manger de légumes dont les racines sont dans le sol et ne pas porter de cuir.
J’assiste à la cérémonie de la Puja (cérémonie d’offrandes) qui donne lieu à des dévotions tout autant passionnées que celle des Hindous alors que le Jaïnisme tourne en ridicule beaucoup de superstitions hindouïstes au point d’avoir réécrit les grands textes. Il s'agit presque des mêmes rituels avec offrandes de fleurs et de noix de coco, mais contrairement à l’Hindouïsme les dieux ne sont pas invoqués pour obtenir des biens matériels. La prière a une vraie dimension spirituelle. Les fidèles habillés en blanc recouvrent leur bouche d'un mouchoir blanc pour que leur haleine ne nuise pas à la statue du Tirthankara. Un petit balai de laine sert à balayer devant leurs pas pour ne pas risquer d’écraser un insecte. J’ai vu un Jaïn balayer ainsi chaque marche devant lui. Des femmes assises par terre devant une petite table basse, dessinent avec des grains de riz blancs (qui ne germeront pas) des svatiskas - croix gammées - symbole universel de bonheur et d’éternité, très utilisé par les Jaïns, les Hindous et les Bouddhistes.
Un groupe de jeunes chante, dirigé par un homme bien excité. Des couloirs fermés par des grilles dirigent les hommes d'un côté, les femmes de l'autre pour aller se prosterner avec un plateau de fleurs devant la statue d'un ènieme Tirthankara. Je me sens un peu intruse dans cette cérémonie d'autant que, comme au Mont Girnar, les touristes sont rares. Mais les sourires sont toujours chaleureux. On m'invite à entrer dans certains temples où parfois je n'ai pas l'autorisation de photographier.
En redescendant en début d'après-midi, en plein soleil, je croise encore des pèlerins qui montent très péniblement. Certains sont au bord du malaise. Le plus jeune doit avoir 3 mois. Il est porté sur l'épaule de son père. Il y a beaucoup de chaises à porteurs car l’escalier est ici vraiment abrupt et nécessite un effort soutenu qu’aucune personne handicapée ou très âgée ne pourrait fournir. Les regards des porteurs ou des porteuses expriment la douleur physique. Difficile à supporter. Par curiosité, j'ai demandé à l'un des porteurs le prix pour un aller-retour. Trois cent roupies (4,50 euros). Cela représente une grande course d'un rickshaw, mais à diviser par deux porteurs. Le salaire de la douleur… J'espère que le prix est fixé au poids de la personne transportée car j'ai vu aussi beaucoup d'obèses sur ces chaises.
Février 2012


Article publié dans Magazine GLOBE-TROTTERS n°143-mai/juin2012 (Association Aventure du Bout du Monde) 


SULAWESI (Indonésie) : L'ADIEU DE MAMA’ PAPENG AU PAYS TORAJA


La route qui traverse le village de Tallunglipu est encombrée de motos et de tuktuks (tricycles motorisés). La foule se presse avec excitation. Dans la rizière en contrebas, deux buffles s'examinent, se contournent puis s'encornent pour un vrai combat sous les clameurs et les rires des spectateurs. La scène se répète pendant quelques heures. Une dizaine de buffles sont ainsi conduits deux par deux pour combattre. Aujourd'hui, ils ne sont guère agressifs et certains préfèrent se rouler dans la boue. Les billets circulent pour parier sur les meilleurs, mais ces combats sont avant tout une fête pour se réunir.
C'est le premier jour de la cérémonie funéraire de Mama’Papeng, une centenaire décédée il y a trois ans. Je suis au Pays Toraja, au sud de l'île de Sulawesi (Célèbes) dans l'archipel indonésien. Dans cette région montagneuse, sont venus se réfugier des marins chinois qui après avoir conquis les côtes de Sulawesi ont fui l’invasion des peuples Bugis et l’arrivée de l’Islam. Dans le Tana Toraja (le pays du peuple des montagnes), nommé ainsi par les Bugis) ils construisirent leurs maisons en bois sculpté et coloré avec des toits en forme de proue de navire, les Tongkonan. Aujourd'hui la tôle qui remplace le chaume tache de rouge les rizières et les forêts.
La défunte faisait partie de la plus haute classe sociale, celle des nobles ce qui lui donne droit à une grande cérémonie qui va s'étaler sur quatre jours, avec la réception de plusieurs centaines d'invités et le sacrifice de buffles sacrés. Pour les accueillir et les loger, d'importants bâtiments provisoires en bambou ont été construits et décorés. La société Toraja comprend quatre classes à qui sont attribuées un nombre réglementaire de buffles à sacrifier pendant la cérémonie : pas moins de vingt pour les nobles (on voit encore des cérémonies avec une centaine de buffles tués), dix pour la classe moyenne, cinq pour les pauvres et un seul pour les esclaves même s'ils sont parfois plus riches que les nobles. Malgré la hiérarchisation de la société, les esclaves font eux-aussi des études et ont accès à tous les métiers. C'est le chef du village qui tient le registre des classes sociales et assure le maintien de ces règles ancestrales.
L'isolement des Torajas leur a permis de conserver leur tradition animiste, qui fait bon ménage avec la religion protestante (majoritaire ici) héritée de la colonisation hollandaise et le catholicisme apporté par les missionnaires, alors que le reste de la population de Sulawesi est convertie à l'Islam.
A son décès le corps de Mama’Papeng a été embaumé. recouvert d'un cataplasme à base d'écorces d'ébène, de teck ou de santal et bandé avec des centaines de tissus puis mis en bière. Le cercueil avait sa place parmi la famille dans une pièce dédiée de la Tongkonan, le temps de trouver le financement pour l'achat des buffles, des cochons et de construire les bâtiments. Certains défunts peuvent attendre ainsi quelques années. Au cours de mes balades dans les villages, j'ai été invitée à entrer dans une maison et à venir saluer le cercueil d'un défunt en lui déposant ma petite offrande. « Il n'est pas mort, il est seulement malade, me dit son frère ; son âme montera au Puya (paradis) sur le dos des buffles sacrés qui seront sacrifiés le jour de la cérémonie ». La mort côtoie ainsi la vie quotidienne car les défunts sont un lien avec l'au-delà. Bien que la majorité des Torajas croie en Dieu, ils continuent à respecter cette tradition. 
Aujourd'hui le gouvernement indonésien taxe les buffles qui seront tués pour en limiter le nombre. Les cérémonies constituent en effet une véritable activité économique -qui fait la fortune des marchands de bestiaux- et pour les familles, c'est un énorme gaspillage d'argent au détriment de la scolarisation ou de la santé. Sur le marché de Bolu, près de Rantepao, capitale de Tana Toraja, des centaines de buffles sont vendus dont certains à un prix equivalent à celui d'une voiture. Ils ne sont achetés que dans le but d'être sacrifiés, un jour ou l'autre puisque pour les animistes, ils sont sacrés et ne travaillent donc pas dans les rizières.
De nombreux cochons sont aussi offerts pour nourrir les invités et leur prix varie de 40 à 700 euros pour les grosses truies. La somme des cadeaux d'une cérémonie d'un noble peut atteindre 100.000 euros (le salaire moyen annuel d'un instituteur est de 4800 euros). Le budget consacré par la famille du défunt à la réalisation des bâtiments provisoires est aussi colossal. Au sein de la famille de Mama’ Papeng, le coût de cette cérémonie commence à choquer. Sa nièce me dira que si la tradition doit perdurer, il faut cesser cette démesure car les Torajas sont majoritairement de simples riziculteurs. Elle regrette aussi qu'une partie de l'héritage de sa tante soit consacrée à cette cérémonie !
Le cercueil magnifiquement sculpté repose sur la plate-forme de l'un des greniers à riz du village - modèle réduit d’une Tongkonan - qui leur font face. C'est le lieu de séchage du riz. Lors de la cérémonie ce sera la place réservée aux membres de la famille et aux personnalités. Des enfants chahutent. Chacun discute le plus naturellement. Le sourire de Mama’ Pepeng sur sa photographie qui orne son cercueil m'invite à une certaine décontraction. D'une certaine façon, elle participe vraiment aux retrouvailles de sa famille. Je finis par m'habituer à cette idée.
Les pilons frappés en cadence dans le pilonnier à riz résonnent dans tout le village. Des jeunes filles sont vêtues de leurs costumes traditionnels en coton tissé. Un orchestre d'orphelins joue de ses instruments en bambou. Le corbillard en forme de grenier à riz est soulevé par une dizaines d'hommes et placé au centre de la grande place. Des chants superbes sont diffusés par les hauts-parleurs. Puis le cercueil est déposé dans son corbillard. Chaque moment de ces journées répond à un protocole strict répété depuis des générations. Aucune tristesse, plutôt la joie de se retrouver et une grande solennité qui incite au respect. Un choeur d'hommes arrive, chemises rouges et sarongs noirs. Il fait une ronde autour du corbillard en chantant des incantations pour réveiller l'esprit du mort afin qu'il bénisse les vivants. Les grognements des cochons ficelés et transportés sur des brancards de bambous se mêlent aux beuglements des buffles, Personne ne s'en émeut. Etonnante cacophonie !
De gros piliers de bambous ont été fixés au corbillard qui est plusieurs fois soulevé et secoué pour aider l'âme à se séparer du corps. Enfin, il est emporté à bras d'hommes dans le champ de menhirs élevés autrefois par les familles en souvenir des ceremonies. Il est hissé par une échelle de bambous sur un échafaudage à plus de cinq mètres de haut, sous les encouragements de la foule. Un buffle a été égorgé pour le dîner des invités ce soir.
La ronde grossit avec les amis, la famille et quelques touristes qui y sont conviés. C'est grandiose et émouvant. Les touristes font eux-aussi partie de la cérémonie. La famille considère qu'ils leur font un honneur de s'intéresser ainsi à leur culture. Chacun d'eux doit apporter un présent (cigarettes, noix de bétel). Des repas leur sont servis comme aux invités.
Des cortèges d'invités arrivent silencieux, les hommes en sarongs et les femmes très élégantes tout de noir vêtues portant leur petit sac Toraja de velours rouge et noir contenant des petits cadeaux. Tous défilent lentement en silence jusqu'au bâtiment de réception. Des hôtesses arrivent en procession pour leur offrir des boissons. Le faste de cette cérémonie révèle la richesse de la défunte. Sur la tribune principale, le présentateur cite le nom des familles présentes. Les chants et les prières s'élèvent en permanence de la place. De longs discours sont déclamés sur la vie de la défunte et de sa famille. La nuit, les invités resteront dormir dans les bâtiments, leur intimité préservée à l'aide de couvertures tendues. Dans la journée beaucoup jouent au cartes, discutent, jouent d'un instrument. Le vin de palme qui est abondamment servi ne donne jamais lieu au moindre débordement.
Nouvelles grandes processions d'invités tout au long du troisième jour. Elles sont précédées d'un Toraja qui danse et crie le chant de la guerre avec son sabre et son bouclier. Les buffles offerts par les invités sont présentés un par un. Le présentateur annonce le nom de la famille et le buffle est numéroté et répertorié dans un registre. La tradition veut que la famille du défunt rende un cadeau de même valeur lors du décès de l'invité.
Un groupe de touristes espagnols a offert un cochon. Nous sommes alors tous conviés à constituer un cortège. Dans le bâtiment, nous nous asseyons, les hommes d'un côté, les femmes de l'autre et des hôtesses viennent nous servir. Nous entendons un long discours de remerciements à notre intention. Nous sommes touchés car nous avions plutôt conscience d'être des « voyeurs » dans cette cérémonie et de commettre des maladresses dans le protocole.  Les Torajas sont très accueillants et indulgents à l’égard des étrangers. Ils sont très fiers de faire connaître et de partager leur culture.
C’est le jour tant attendu des sacrifices des buffles. Une horde de touristes est arrivée très tôt. Est-ce une impression ? Je trouve la vingtaine de buffles étonnamment calme. Leur gardien les caresse doucement entre les deux yeux. L'atmosphère est solennelle. Je jette un regard sur la colonne de cornes qui orne le fronton des deux Tongkonan. Elle indique le nombre de cérémonies qui se sont tenues ici et donc la richesse de la famille. Mais je frissonne quand j'aperçois sous le faîte d’une Tongkonan, deux crânes humains. Jadis les nobles s'octroyaient le droit de sacrifier aussi quelques esclaves...
Soudain le frappement des pilons annonce le début du sacrifice. Un premier sacrificateur tranche violemment avec son sabre, la carotide d'un buffle qui s'écroule dans un râle. C'est alors l'hécatombe. Des flots de sang jaillissent des gorges tranchées. La foule est calme. L'herbe de la place devient rouge. Certains buffles résistent, divaguent, trébuchent sur les cadavres ou se précipitent vers les spectateurs. Le sang éclabousse les touristes imprudents. La foule s'excite. Puis les derniers buffles s'écroulent enfin. Ce n'est pas un jeu. Ce n'est pas de la cruauté. C'est un rite sacré.
La population Toraja hommes, femmes et enfants, est habituée à ce spectacle. Pas les touristes. Les plus crâneurs avant la cérémonie quittent rapidement les lieux. L'odeur pestilentielle est bientôt plus insoutenable que le spectacle lui-même. On ne peut s'empêcher de trouver ce sacrifice particulièrement sauvage. Mais en même temps, plongée depuis plusieurs jours dans cette communion spirituelle, je l'accepte comme un rituel nécessaire pour eux et je respecte leur croyance. Est-ce l'une des dernières cérémonies comptant autant de buffles sacrifiés ? La scolarisation apporte aujourd'hui d'autres valeurs aux jeunes générations notamment concernant ses relations avec les animaux. Je resterai plusieurs jours marquée par ces scènes. Je m'étonne de la présence d'autant d'Occidentaux qui n'auront assisté qu'à cette seule journée. Curiosité malsaine ? Il est vrai que les Torajas les y ont fortement invités comme à une grande fête à partager ensemble. Les derniers touristes présents alors que les buffles sont dépecés et découpés pour être cuisinés ressentent eux-aussi la même ambivalence : dégoût d'un tel massacre qui serait intolérable chez nous, mais, en même temps, respect pour un rituel que nous n'avons pas à juger.
Quatrième jour, celui de l'enterrement de Mama’Papeng. Selon les regions et les époques, les sépultures Torajas peuvent être différentes. Une pierre verticale était enterrée pour représenter une famille et les corps étaient déposés dans des caveaux creusés dans les rochers et fermés par de petites portes sculptées. Ils sont toujours utilisés. Il arrivait que les cercueils étaient entreposés dans des grottes naturelles. Les nobles faisaient réaliser les effigies des défunts, les célèbres Tau-Tau qui vous regardent avec leurs grands yeux du haut de leur balcon, leurs mains tendues pour bénir la famille et la remercier d'avoir pris soin de lui de son vivant. On voit aussi d'anciens cercueils suspendus le long des parois rocheuses pour les protéger du vol des offrandes ou des bêtes sauvages. Mais dans le respect des règles animistes, le cercueil n'est jamais enterré. Désormais les Torajas construisent des monuments funéraires en béton, jalonnant les routes aux abords des villages ou installés dans les jardins. Chaque famille peut choisir son emplacement en accord avec le chef du village.
Aujourd'hui je suis l'unique touriste et la majorité des invités est partie. La place est quasi déserte. La cérémonie aura un caractère plus intime et religieux. La famille de Mama’Papeng est assise au pied de son corbillard redescendu de l’échafaudage. L'ambiance est détendue. Des enfants rient. Célébration chrétienne avec prières et long prêche écouté avec attention par l'assistance. Certains s'étonnent de ma présence. Je suis alors invitée à m'asseoir auprès de membres de la famille sous le grenier à riz et à partager le repas constitué de buffles sacrés et de riz.
Soudain les femmes en noir se lèvent, posent leur main sur le cercueil et se lamentent. C'est le rituel des « pleureuses » mais certaines femmes sont sincèrement éprouvées. Deux camions arrivent qui emportent le cercueil et le corbillard de l'autre côté de la rizière, tandis que famille et amis empruntent le sentier. Le cercueil est installé dans le tombeau, le corbillard placé à côté du tombeau. Plus de larmes, plus de prières. La cérémonie funéraire de Mama’ Papeng s'achève ici. Et chacun reprend le petit sentier.
Alors je reste assise, seule, pour un dernier adieu à cette vieille femme dont j'ai suivi le parcours vers l'Au-delà, le royaume des esprits. Dans la rizière, un buffle gardé par son ibis tourne sa tête vers moi.
Août 2011
Article publié dans Magazine GLOBE-TROTTERS n°140-nov/dec2011 (Association Aventure du Bout du Monde)